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Le noren, histoire et évolution d’une tradition

Vous avez probablement vu notre assortiment de norens et vous vous êtes peut-être demandé ce qu’est un noren ? Ou alors vous êtes simplement curieux d’en apprendre davantage à leurs sujets. Par exemple, depuis quand ils existent et comment ils étaient utilisés au début ?

Nous vous expliquerons dans cet article toute l’histoire autour des norens, de leur origine à leur utilisation de nos jours.

Qu’est ce qu’un noren ?

Tout d’abord, le noren (暖簾) est un rideau japonais traditionnel. C’est un accessoire typique du pays, d’ailleurs, si vous êtes déjà venus au Japon, vous avez sûrement déjà remarqué des petits rideaux accrochés sur les devantures des commerces ou des auberges traditionnelles, ce sont des norens.

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Naga-noren à l'entrée d'un ryokan

Le noren a plusieurs fonctions, il peut en effet servir d’enseigne pour un magasin, ou en tant que décoration d’intérieur, ou encore comme un store ou même comme une cloison. Le noren fait partie intégrante de la culture unique japonaise, sa diversité de formes et de fonctions en est la preuve.

En particulier, on retrouve dans la langue japonaise des expressions mettant en image le noren avec la vie des commerces. Par exemple : “mettre un noren” (暖簾をあげる) (= ouvrir un magasin), “protéger le noren” (暖簾を守る) (= respecter la tradition d’un magasin et protéger sa confiance), ou encore “le noren sera impliqué” (暖簾にかかわる) (= salir la réputation du magasin). Ces particularités linguistiques démontrent à quel point les norens s’intègrent dans la culture et la tradition unique du Japon et leur importance en tant que moyen de communication. Cette culture évolue encore actuellement comme un attrait typique du Japon.

L’origine du noren

En fait, on ne connait pas avec exactitude la période précise où le noren est apparu. Cependant, on en a trouvé des apparitions dans des parchemins et dans des peintures de la fin de l’ère Heian (1135-1141), où il apparait devant la maison des gens du peuple. 

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Illustration d'un noren dans le parchemin "shigisan-engi"

Grâce à ces peintures, on peut supposer qu’il existait déjà avant la fin de l’ère Heian, peut-être au début de l’ère Heian (794-1185) ou même à partir de l’ère Nara (710-794).
À l’époque, l’entrée des maisons de villages agricoles, de pêcheurs ou montagnards était ouverte. Les gens utilisaient alors les norens pour couper le soleil, le vent et la poussière ou aussi pour se protéger des regards indiscrets.

Il semble que le design était principalement uni blanc ou uni coloré.

Diversification du noren

Au début de l’ère Kamakura (1185–1333), de nombreux meubles d’intérieur en tissu sont apparus. C’est donc à cette époque que l’utilisation des norens s’est diversifiée. Les japonais ont commencé à les utiliser comme décoration d’intérieur, pour diviser une pièce ou en cacher l’intérieur.

Noren transparence 1
Noren en transparence

De plus, il devient également à cette époque un symbole pour les commerces. Par conséquent, son design s’est développé, on y ajoute notamment la marque ou le blason du magasin. Avant cette période, le genre du magasin était simplement reconnaissable en fonction des couleurs de la devanture.

Le noren comme média

A l’ère Muromachi (1336-1573), de nombreux commerçants commencent à ajouter leur propre dessin. C’est de cette façon que le noren commence à fonctionner comme un média, présentant ainsi le nom et le genre du magasin.

Cependant les gens n’y mettaient pas des mots, mais plutôt des dessins d’animaux, de plantes, d’outils ou des symboles simples. En effet, à cette époque, il y avait beaucoup analphabètes, les gens comprenaient plus facilement les dessins que les lettres et l’image du noren s’inscrivait mieux dans les mémoires.

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Naga-noren à l'entrée d'un musée à Yonezawa, préfecture de Yamagata

A l’ère d’Edo (1603-1868), le taux d’alphabétisation du peuple augmente, le noren avec des lettres et des mots commence à se répandre. Il devient le média principal pour les commerçants.

Le noren teint avec des noms de magasins, de marques et de produits stylisés, était le symbole du magasin et prouvait la réputation et les droits commerciaux.

Codification des couleurs

À cette époque la matière du noren commence à passer du chanvre au coton, car ce dernier est plus facile à teindre. En même temps les couleurs se diversifient. Traditionnellement il existait en effet des règles pour les couleurs selon le genre du magasin. Voici quelques exemples de couleur utilisées traditionnellement.

Blanc

Les magasins de confiseries, les restaurants et les pharmacies utilisaient des norens blancs. Probablement parce que, pour la confiserie, la couleur blanche rappelle le sucre. De même, à cette époque on utilisait souvent du sucre pour fabriquer des médicaments.

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Noren sur un Toraya à Akasaka, Tokyo | Photographie : tsubasa-mfg - stock.adobe.com

Violet

Le violet était réservé pour les nobles, son usage était absolument interdit pour les gens du peuple. Cependant, à l’ère d’Edo, lorsqu’on avait des dettes, on devait mettre un noren violet jusqu’à son remboursement.

Finalement, les règles pour les couleurs se sont petit à petit effondrées avec le temps, le brun s’est propagé dans les magasins de kimono, les confiseries et les magasins de thé. Il n’existe plus vraiment de règles strictes à l’époque actuelle.

Bleu marine et indigo

Couleur bleu

Il semble que les commerçants, dont les affaires étaient sans risques, utilisaient beaucoup le bleu marine et l’indigo. Tout d’abord parce que le bleu avait l’image de sincérité. Il en existait de nombreuses nuances, du bleu clair au bleu foncé selon l’application de la teinture. En plus l’odeur de la teinture indigo chasse les insectes. Ainsi, de nombreux marchands d’alcool et de kimono utilisaient des norens bleus pour profiter de cette caractéristique et protéger leur assortiment.

Kaki-iro

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En japonais la couleur kaki (柿色) est rousse, comme le fruit homonyme, et est produite par la technique appelée “teinture Kachin”.

Dans hanamachi (花街), le quartier des plaisirs, comme par exemple à Yoshiwara et Shimabara, la couleur kaki-iro n’était autorisée que pour la maison des prostitués où il y résidaient des tayû (太夫 / 大夫), les prostitués de haut rang. De même, les restaurants haut de gamme : les agéyas (揚屋) arboraient des norens kaki-iro. Cependant, à l’ère Genroku (1688-1704), la tradition s’est effondrée cette couleur s’est répandue quelque soit la niveau

Brun

Il y avait plusieurs types de brun. Par exemple, le brun légèrement jaunâtre était pour le marchand de tabac, la pharmacie et le marchand de plantes. Les marchands de tabac étaient nombreux à utiliser cette couleur à l’ère d’Edo.

Finalement, les règles pour les couleurs se sont petit à petit effondrées avec le temps, le brun s’est propagé dans les magasins de kimono, les confiseries et les magasins de thé. Il n’existe plus vraiment de règles strictes à l’époque actuelle.

Classification du noren selon son utilisation

En général le noren est en étoffe mais on peut aussi en trouver en corde, en bambou, en bois, en verre, en perle de verre et même plus rarement en calebasse. Il prend alors un nom différent selon la matière utilisée. De plus, son nom change selon son utilisation et ses dimensions. La longueur standard est de 113 cm, le nom change lorsque la longueur diffère de cette valeur.

Han-noren

En japonais “han” (半) veut dire “moitié”, les han-norens sont par conséquent des norens de longueur de 56.7 cm. Les han-norens permettent d’exposer l’intérieur du magasin et les produits exposés tout en affichant le nom du magasin. Les restaurants et les cafés utilisent souvent ce noren, c’est d’ailleurs le format le plus courant de nos jours.

Naga-noren

En japonais “naga” vient de “nagai” (長い) et signifie “long”, ils mesurent environ 1.6m. On utilise les naga-norens pour cacher ce qu’il y a derrière. Ils masquent par exemple l’intérieur si on les place devant la porte. Il peuvent aussi servir de stores pour protéger des produits exposés à l’extérieur.

Mizuhiki-noren

Il mesure environ 40 cm et il est s’installe devant la maison, sur toute la longueur. À l’origine, le tissu du mizuhiki-Noren n’était pas incisé et il servait contre de poussière. Actuellement il est purement décoratif. Contrairement aux autres norens, le mizuhiki-noren est le seul qui reste en place la nuit.

Hiyoke-noren

En japonais “hiyoke” (日よけ) signifie “pare-soleil”, le hiyoke-Noren n’a pas d’incision et est en fait semblable à une grande toile. Il se fixe à la fois par le haut, sur le batiment, et par le bas, sur la route. Il peut soit servir d’affiche, soit comme son nom l’indique, de pare-soleil. On l’appelle aussi “taiko-noren” par rapport au bruit qu’il fait avec le vent et qui ressemble au son du tambour.

Différences géographiques du noren

Il y a quelques différences notables entre les norens de la région du Kansai (Kyoto) et de Kantô (Tokyo).

Méthode de finition

En général, à Kyoto, berceau du noren, la face supérieure est cousue comme un tunnel, appelée “couture de sac”, de sorte que le bâton qui le traverse reste caché. À l’inverse, à Tokyo, on y coud des pattes appelées “chichi”. Par conséquent, le bâton est bien visible. On dit que cela est dû à la différence de culture entre Kyoto qui privilégie la “dissimulation” et Edo (Tokyo) qui privilégie l’ “exposition”.

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Noren avec bâton visible
Noren grenadier jour
Noren avec bâton caché

Ensuite, on note aussi une différence pour le hiyoke-noren. Celui-ci est normalement attaché au bas à côté de la route mais cela n’était pas autorisé à Kyoto ni à Osaka, où la route était étroite, car il dérange le circulation des marchandises et des gens. C’était par contre autorisé à Edo ou la largeur de la route était relativement grande et c’est ainsi que le hiyoke-noren s’est davantage répandu dans la région de Edo.

Design

Une des différences principale au niveau du design se situe au niveau de la taille des caractères imprimés sur le noren. En effet à Edo les lettres étaient grandes alors qu’à Kyoto elles étaient petites et discrètes.

Ceci s’explique encore par cette différence culturelle entre Kansai/Kanto, discrétion/exposition. Kyoto a une longue tradition et une image bien établie de ville avancée pour la conception et le design. Ses habitants ont par conséquent développés une sensibilité raffinée spécifique tant et si bien qu’ils n’aiment pas se mettre en avant de façon extrême et qu’ils se donnent de la peine pour s’harmoniser avec les autres et leur environnement. Il préfèrent ainsi exprimer leur propre beauté de manière discrète.

Le noren de nos jours

Le noren a traversé les époques et son utilisation s’est diversifiée au fil du temps. Comme vous l’avez compris, il en existe aujourd’hui de plusieurs formes, couleurs et matière. Malgré l’aspect traditionnel et l’histoire du noren, il sait encore se faire une place dans les villes modernes telles que Tokyo, où on peut par exemple les retrouver en bas d’un gratte-ciel. De nos jours, on l’utilise souvent comme décoration d’intérieur telle qu’une séparation de pièce et la demande pour ce genre de produit se répand dans le monde entier.

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Hiyoke-noren d'un Starbuck à Kawagoe, préfecture de Saitama | Photographie : nikomani - stock.adobe.com

1 réflexion sur “Le noren, histoire et évolution d’une tradition”

  1. Martine PHILIPPE

    L’article sur les norens est extrêmement intéressant et les norens que vous proposez, tellement beaux !

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